La diaspora iranienne
Les iraniens hors d’Iran seraient 2 à 3 millions aujourd’hui. Leur répartition s’est vue dans les manifestations à l’étranger contre les résultats des élections présidentielles iraniennes de 2009. Etats-Unis, Royaume-Uni, Allemagne, France, Australie, Italie, … Cette émigration a connu plusieurs phases depuis les années 1950. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, plus d’un million d’iraniens sont partis de leur pays. Qui sont-ils ?
La constitution d’une diaspora iranienne s’est faite en trois phases depuis les années 1950. Ces trois phases sont un decoupage qui permet d’observer une certaine homogénéité dans les motivations des migrants.
La premiere phase de migration des iraniens s’etend entre 1950 et la révolution iranienne de 1979. Pendant cette période, ce sont majoritairement les enfants de la bourgeoisie et de la classe moyenne qui sont envoyés poursuivre leurs études à l’étranger, pour y recevoir une éducation supérieure plus complète et accéder à des postes plus élevés à leur retour au pays. A partir des années 1950, les revenus du pétrole et la modernisation du pays permettent l’émergence d’une classe moyenne et d’une bourgeoisie qui aura les moyens d’envoyer ses enfants à l’étranger. Les destinations les plus prisées sont les Etats-Unis d’Amerique et les grands pays européens. Juste avant la révolution iranienne, en 1977-80, les iraniens représentent le plus gros contingent d’étudiants étrangers aux Etats-Unis. Plus d’un tiers des migrants iraniens choisissent d’ailleurs ce pays, les autres se répartissant entre le Royaume-Uni, l’Allemagne, la France et l’Italie. Il faut également citer l’immigration des iraniens vers les pays du Golfe Persique (Koweit et Dubai principalement), attirés par les perspectives économiques dans ces pays qui se développent rapidement grâce aux revenus pétroliers. Les juifs iraniens, la plus nombreuse communauté juive du Moyen-Orient, migrent vers Israël en masse à partir de la création du pays, en 1948. Plus de 67000 iraniens vont ainsi partir en Israël, permettant à certains membres de la communuaté d’obtenir par la suite les plus hautes responsabilités au sein de l’Etat Hébreu (Moshe Katsav, ancien président de la république d’Israël, Shaul Mofaz, ancien ministre des transports). D’autres iraniens dans d’autres pays ayant fait partie de cette vague de migration accèderont à des postes de pouvoir par la suite, comme Pierre Omidyar, le fondateur d’e-bay, Omid Kordestani, vice-président de Google. Les migrants iraniens seront plus de 250 000 à quitter le pays pendant cette première phase.
La deuxième phase correspond aux débuts de la République islamique, entre 1979 et 1995. Pendant cette deuxième phase d’immigration, le profil des candidats à la migration change : les premiers à partir sont les socialistes et les libéraux, devenus persona non grata dans la république islamique nouvellement fondée. Peu avant la révolution, et après la victoire des religieux, les minorités religieuses, craignant les persécutions, fuient également. Les arméniens et les bahais sortent également du pays en se dirigeant majoritairement vers les Etats-Unis. Suivent ensuite les jeunes hommes fuyant la conscription quand la guerre Iran-Irak commence en 1980. Des familles laïques et libérales choisiront également de partir d’Iran pour échapper aux nouvelles restrictions mises en place par le nouveau régime religieux de Téhéran. Enfin, avec la fermeture des universités au cours de ce qui est appelé la “révolution culturelle” (1980-82), ce seront des professeurs qui choisiront de quitter l’Iran. Le nombre de professeurs d’universités passera ainsi de plus de 16000 à 9000 entre 1979 et 1982. Pendant cette période troublée, certains migrants quittent le pays clandestinement vers la Turquie ou le Pakistan avant de faire une demande d’asile dans des pays occidentaux. On comptera environ 300 000 départs pendant cette période, en majorité vers les Etats-Unis, l’Allemagne, la Suède, le Canada, Israël, mais aussi vers la France, l’Autriche, l’Australie, la Belgique…
La troisième phase commence vers 1995, avec une caractéristique nouvelle : ce ne sont plus seulement les populations les plus éduquées qui quittent le pays, mais une émigration économique apparait. Des membres de la classe ouvrière quittent le pays pour aller travailler à l’étranger et fuir ainsi les mauvaises conditions économiques de leur pays d’origine. La fuite des cerveaux s’accélère à cette période ; les étudiants iraniens sont des plus en plus nombreux à aller poursuivre leurs études dans des universités étrangères, des Etats-Unis à la Malaysie en passant par les pays européens. Nombreux seront ceux qui resteront par la suite à l’étranger. Contrairement aux vagues de migration précédentes, les migrants originaires des provinces sont en proportion plus nombreux que ceux originaires des grandes villes iraniennes. Il s’ensuit une plus grande difficulté d’intégration dans les pays d’accueil. Une des caractéristiques de cette période de migration est aussi l’augmentation des demandes d’asile, puisque la situation des droits de l’homme s’est dégradée après 1995. Le HCR comptait en 2005 plus de 111000 réfugiés, demandeurs d’asile d’origine iranienne dans le monde. Cependant, ces chiffres sont à tempérer car de nombreux iraniens sortent illégalement de leur pays et arrivent tout aussi illégalement dans leurs pays d’accueil, sans pouvoir être comptés avec exactitude. Durant ces vingt dernières années, plus de 300 000 personnes sont sorties d’Iran, et la tendance ne semble pas s’inverser, bien au contraire.
En ce début de deuxième décennie du 21ème siècle, la diaspora iranienne représente 2 à 3 millions de personnes de par le monde, nés en ou hors Iran, de parents iraniens. Ils sont principalement répartis en Amérique du Nord, en Europe occidentale, en Israël, dans les pays du Golfe Persique ou en Italie. La communauté iranienne la plus nombreuse et la plus influente se trouve aux Etats-Unis, et plus particulièrement en Californie. Leur nombre est si important dans l’agglomération de Los Angeles que les iraniens ont surnommé cette ville “Irangeles”…
Références :
- Fariba Adelkhah, « Les Iraniens de Californie : si la République Islamique n’existait pas… », Les études du CERI, n°75, mai 2001.
- Keramat Poorsultan, The Tale of Iranian entrepreneurs in the United States : Ethnic enclave and social solidarity or hard work of a highly educated group ? , Frostburg State University
- Exiled Memories: Stories of the Iranian Diaspora
, Zohreh T. Sullivan, Temple University Press, 2001, 288 P. ISBN 1-56639-843-6
- Politics and Poetics of Migration: Narratives of Iranian Women from the Diaspora
, Parin Dossa, Canadian Scholars Press, 2004, 189 p., broché. ISBN 1-55130-272-1
- Carte : David Abbasi, Association culturelle franco-perse Shahr Farhang, 2003.
- Statistiques du HCR


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