Une photo, une histoire #25 : Retraités et dominos

Contexte : Club de dominos sur la Calle Ocho à Miami, un dimanche d’hiver.

Partie de dominos à Little Havana

Partie de dominos à Little Havana

Je me balladais un dimanche après-midi dans Little Havana, le quartier historique où s’étaient implantés les cubains arrivés en Floride après la prise du pouvoir par Fidel Castro à Cuba. Le quartier de la Petite Havane est principalement situé autour de la 8ème rue, qui est maintenant appelée par son nom espagnol de Calle Ocho. De fait, avec le nombre d’émigrés de Cuba et de toute l’Amérique du Sud installés à Miami, l’espagnol est la seconde langue parlée en Floride. Dans certains quartiers, comme à Little Havana, c’est même la première langue. La vie ressemble d’ailleurs à la vie dans les pays sud-américains, si ce n’était l’architecture et l’urbanisme qui rappellent bien qu’on est aux Etats-Unis.

Descendant la calle Ocho, je remarquais un petit parc sous des arbres d’où provenait un bruit inhabituel. Clic, clic, clac, du plastique qui heurte du plastique. Des discussions animées en espagnol. Je passais la porte du parc pour me retrouver dans un club de dominos. Cet endroit, appelé Domino Park, ne me mis pas à l’aise quand je vis une pancarte près de l’entrée. L’accès était censé être réservé aux plus de 55 ans. Quand je voyais les tables, je compris que les règles faisaient référence aux joueurs de dominos, qui avaient tous les cheveux blancs et avaient vécu l’exil.

Autour d’une quinzaine de tables, spécialement conçues pour jouer aux dominos, de cubains étaient assis et jouaient des parties animées. 4 personnes par table, un gros paquet de dominos, une feuille et un crayon pour noter les scores, et des spectateurs attendant leur tour tout en commentant l’actualité cubaine et la condition des migrants cubains. Je restais un moment fasciné par le bruit des dominos claquant sur la table et les éclats de voix en espagnol, j’étais transporté dans un autre pays, 150 kilomètres au sud de l’oncle Sam. Je profitais de mon voyage virtuel à Cuba pour vous ramener cette photo.

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1 Photo, 1 Histoire#24 : Les oliviers d’Athènes

Contexte : sur le Parthénon, le temple des Caryatides.

Pour cette histoire, je mixe la grande et la petite. Alors que j’étais à Athènes au mois de décembre, on me racontait l’histoire légendaire de la fondation d’Athènes.

Alors que nous étions en train de faire un tour d’Athènes by-night, j’apprenais la légende qui donnait son nom à la ville d’Athènes, depuis la colline du Lycabète, qui offre une jolie vue sur le Parthénon.

Alors que le village qui allait devenir Athènes venait d’être fondé, la déesse Athéna et Poséidon voulait tous deux prendre la ville sous leur protection, puisque le Destin avait décidé qu’elle deviendrait la ville la plus puissante et la plus prospère de toute la Grèce. Les deux dieux s’opposaient sur cette protection, et même Zeus ne réussit pas à les mettre d’accord. Athéna proposa de laisser décider les habitants de la ville. Le peuple se réunit donc sur l’Acropole et déciderait en fonction du cadeau que chacun des Dieux allait offrir à la ville. Poséidon donna un cheval et Athéna donna un olivier.

Un ancien, représentant le peuple d’Athènes, prit la parole et dit que les deux cadeaux étaient dignes d’être acceptés. Cependant, le cheval représentait la puissance acquise par la guerre alors que l’olivier représentait la richesse acquise par la terre et la paix. Parce que le résultat de la guerre était plus incertain, et parce que la paix apportait des richesses jugées plus durables, les athéniens choisirent l’olivier, don d’Athéna, qui donne ainsi son nom à la ville d’Athènes.

C’est ainsi que l’olivier devint le symbole d’Athènes. Quand je me promenais sur le Parthénon, quelques jours après avoir entendu cette histoire, je  trouvais que cette image d’un olivier poussant au flanc du temple des Caryatides représentait bien l’Athènes éternelle, propriété du peuple grec autant que du monde occidental.

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Coucher de soleil a Key West

Il n’y a pas beaucoup d’activites à Key West. De l’aveu même de ses promoteurs. Les plages ne sont pas terribles et peu nombreuses. Une des activités les plus pratiquées est de se saouler sur Duval Street, que ce soit dans un bar où Ernest Hemingway avait l’habitude de faire de même ou bien dans les nombreux autres. Mais l’activité numéro un est de regarder le coucher de soleil depuis un quai qui donne plein ouest. Pour mon dernier soir dans les Keys, j’y suis allé pour voir ce show. Les touristes s’agglutinent sur une petite place bordée d’un quai donnant sur l’océan Atlantique.

Voila ce que donnait le coucher de soleil ce vendredi 27 février 2010.

Coucher de soleil à Key West

Coucher de soleil à Key West

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Des limites arbitraires

Il est assez amusant (pour ne pas dire triste) de constater les limites arbitraires que se construisent les gens autour de leur monde. Pour certains, les limites sont celles de l’étendue du monde connu. Pour d’autres, les limites sont beaucoup plus proches, autour du quartier, de la province ou du pays.

Je pense à cela car quand j’ai annoncé il y a deux jours que j’étais français dans un parc national des keys, on m’a répondu : “Oh, you’re one of them !” (sous-entendu : vous êtes un de ces étrangers !). La dame qui m’a répondu ça était embêtée parce que son système de création de clients dans sa base de données ne permettait pas vraiment de créer un nouveau client ayant une adresse hors des Etats-Unis. Je n’ose même pas imaginer quelle aurait été sa réaction si ‘avais donné une adresse à Kaboul ou en Irak…

Pour illustrer ces limites arbitraires, voici une photo de la borne marquant le point le plus au sud de la métropole US, à Key West. Vous pourrez remarquer que la borne annonce aussi que Cuba est à 90 miles (soit 150 kilomètres), mais que depuis 50 ans, il n’y a plus de relations officielles entre Cuba et les US. Encore une question de limites arbitraires (et de politiques, mais c’est une autre histoire).

Southernmost Point in Key West, Florida

Southernmost Point in Key West, Florida

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Un Paradis bientôt perdu

Je suis en ce moment dans les keys, une floppée d’îlots coralliens s’étendant sur près de 200 kilomètres sous la pointe sud de la Floride, en train de réaliser un reportage sur les effets de l’élévation du niveau des mers.

Les paysages sont paradisiaques et attirent des milliers d’américains qui viennent y passer l’hier ou la retraite. Malheureusement pour eux, ce paradis est en train de disparaitre avec la montée des eaux. Certains estimations donnent 20 ans, d’autres 50 ou 80 ans, mais l’activité humaine et le réchauffement climatique vont faire couler ces ilots dont l’altitude ne dépasse pas 5 mètres.

Pour vous donner une idée de ce que j’entends par paradis, voici une photo de l’endroit où j’ai pris mon petit déjeuner ce matin.

Plage du John Pennekamp Coral Reef State Park

Plage du John Pennekamp Coral Reef State Park

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1 Photo, 1 Histoire #23 : Leçon de drague à l’iranienne

Contexte : Passage Qaem, un centre commercial du nord de Téhéran.

En Iran, la vie est différente. Pas seulement parce que la culture est différente, mais aussi parce que la loi règlemente des affaires privées auxquelles les législateurs des autres pays n’auraient pas pensé. Il est, entre autres, interdit de fréquenter une personne du sexe opposé avec qui on n’est pas marié ou avec qui on n’a pas de liens filiaux. Alors comment font les gens pour se rencontrer et se marier me demanderez-vous ?

La solution traditionnelle, c’est de laisser les familles s’arranger entre elles. Cette solution a de moins en moins court. Sinon, comme dans tous les pays du monde, les garçons et les filles se rencontrent, se connaissent et finissent par avoir une relation amoureuse. Certes. Mais la loi iranienne oblige à des contorsions et des techniques de contournement tout à fait spéciales. Puisqu’il est difficile pour un garçon et une fille de s’aborder dans l’espace public quand ils ne se connaissent pas, les rencontres se font en plusieurs étapes.

Les centres commerciaux et les food courts où se retrouvent la jeunesse dorée de Téhéran servent de théatre à ce ballet des sentiments. Des groupes de filles et de garçons déambulent en faisant du lèche-vitrine et se croisent et se recroisent. Des regards et des sourires s’échangent. Au bout d’un moment, on peut voir un jeune homme tendre une carte de visite à une demoiselle qui lui plait. Ou l’inverse. Ils pourront ainsi se contacter par téléphone ou par messagerie instantanée et faire plus ample connaissance. S’ils se plaisent, ils pourront alors décider de sortir dans un des cafés ou petits restaurants discrets, à l’abri des regards inquisiteurs des représentants de la loi.

Le ballet des jeunes filles et des jeunes hommes était tel que je l’ai vu ce jour-là au passage Qaem, un centre commercial du quartier de Tajrish, au nord de Téhéran. Observer le ballet depuis les claires voies ouvertes d’un étage à un autre me permettait de mieux observer le manège, qui devenait évident. Un autre jour, le même genre de scène se déroulait devant mes yeux, mais je n’ai pas pu le conserver en images. Une voiture de jeunes hommes était prise dans les embouteillages à côté d’une voiture de jeunes filles. Il faisait chaud, les fenêtres étaient ouvertes et le trafic vraiment bloqué. Les garçons entamèrent donc la conversation sans quitter leurs sièges, jusqu’au moment ou le conducteur passait son bras par la fenêtre pour tendre un bout de papier, sur lequel il avait sûrement griffoné son numéro de téléphone, à la passagère de la voiture voisine.

Peu importe les barrières imposées par la loi, l’Homme pourra toujours trouver un moyen de les contourner s’il doit le faire.

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Les spécificités du chiisme iranien

Dans les nouvelles qui nous parviennent du Moyen-Orient, l’Iran est souvent associé au chiisme. L’Iran est une particularité dans le monde islamique : 90 % des iraniens sont chiites, mais les chiites ne représentent que 10 à 15 % sur le milliard et demi de musulmans que compte le monde. Le chiisme iranien a des spécificités dont la compréhension aide à appréhender le pays dans son ensemble, et pourtant, celles-ci restent peu connues. Je tenterais dans ce billet de donner quelques particularités historiques, doctrinales et philosophiques du chiisme iranien pour finir sur les implications politiques et internationales de ces particularités.

Mollah en priére dans un imamzadeh

Mollah en priére dans un imamzadeh

Le chiisme est né d’une dispute sur la succession au prophète Mahomet en tant que chef des croyants, aux débuts de l’histoire de l’Islam (après la mort de Mahomet en 632). Les chiites sont “le parti d’Ali” (Shi’a Ali), ceux qui étaient favorables à Ali et en général à la descendance de Mahomet, qu’ils considèrent comme les seuls aptes à être califes. La dynastie des Omeyyades, veut garder le pouvoir à la suite d’Ali et à la suite de manoeuvres politiques, prend le califat et écarte Hassan, Hussein et toute la descendance d’Ali. De cette division historique s’ensuit des développements doctrinaux et religieux différents.

Les chiites et les sunnites partagent néanmoins un certain nombre de croyances fondamentales de l’Islam : la croyance dans l’unicité de Dieu (le tawhid), ils ont le même livre sacré (le Coran), le même prophète Mohammad, la même croyance en la résurrection et le jugement dernier. Leurs obligations fondamentales sont les mêmes (les “5 piliers” de l’islam : la croyance en l’unicité de Dieu, la prière quotidienne, l’aumône, le pèlerinage à la Mecque, le jeune du Ramadan). Les chiites et les sunnites peuvent prier ensemble, même si leurs pratiques ont de légères différences.

Les chiites ajoutent à cela la croyance en la justice de Dieu et en l’imamat. Pour les chiites, Dieu ne peut être que juste et donc rationnel. Cette croyance se situe à l’opposé de la volonté arbitraire de Dieu en laquelle croient les sunnites. L’Imamat est une autre des spécificités majeures du chiisme. L’Imam est pour les chiites un garant spirituel, une preuve de la véracité de la révélation de leur religion. L’Imam a pour fonction de diriger la communauté des croyants. L’Imam est désigné dans le chiisme par une investiture surnaturelle (via le prophète Mahomet ou l’imam le précédant). Cependant, au sein du monde chiite, des dissenssions existent sur la succession des imams, ce qui a donné naissance aux différents courants du chiisme. Le chiisme majoritaire en Iran est le chiisme duodécimain, qui révère une lignée de 12 imams après le prophète Mahomet. Les chiites ismaeliens, aujourd’hui sous l’autorité de l’Aga Khan, croient eux en l’existence d’une lignée de sept imams, d’où l’appellation de chiisme septicémain. Les Zaydites, principalement implantés au Yémen croient à l’existence d’une lignée de cinq imams.

Les dogmes chiites sont fondés sur le Coran et sur les ecrits ou les paroles des imams ou compagnons de Mahomet. Ce corpus de textes qui vient s’ajouter au Coran pour définir les dogmes musulmans s’appellent les hadiths. Puisque les différents courants du chiisme ne reconnaissent pas les mêmes imams, ils se basent sur des hadiths différents pour définir leurs dogmes. Les Chiites iraniens ont 4 recueils principaux, datant des débuts de l’islam, ainsi que quelques recueils plus récents (datant du XVIème siècle).

Les pratiques religieuses chiites quotidiennes en Iran diffèrent de celles des sunnites, qui sont celles les plus connues dans le monde occidental. Pour les chiites iraniens, les cinq prières de la journée sont regroupées en trois temps pendant la journée. L’appel à la prière (Azan) , ainsi que les ablutions, diffèrent légèrement. Pendant la prière, les chiites placent un pavé d’argile sous leur front (l’argile est généralement prélevée sur un lieu saint comme Kerbala ou Mashhad). L’une des croyances qui tranchent le plus avec le sunnisme est le culte des morts. Alors que les sunnites n’honorent pas leurs morts et leurs consacrent des tombes minimales, les chiites honorent leurs morts et élèvent des imamzadeh où sont enterrés les descendants du prophète. La mort et les martyres sont placés au centre des dévotions. Ils pratiquent ainsi le pèlerinage sur les tombeaux des saints. Les centres des pèlerinages les plus importants sont en Irak (Karbala où est enterré l’imam Hossein ; Najaf, où est honoré l’imam Ali ; Samarra; lieu de sépulture de l’imam Ali-Naqi ; et enfin Kazemeyn où sont enterrés les imams Musa Kazem et Mohammad Taqi). Il existe aussi deux centres de pèlerinage importants en Iran : le mausolée de l’imam Reza à Mashhad, et celui de Fatemeh à Qom. Ces lieux de pèlerinage sont considérés comme des “seuils sacrés” (‘atabat). Un peu comme si la présence de Dieu était palpable dans ces endroits.

Commémoration des martyres de la ville de Qareh Ziyaoddin, au nord-ouest de lIran.

Commémoration des martyres de la ville de Qareh Ziyaoddin, au nord-ouest de lIran.

Souvent martyrisée au cours de son histoire, la communauté chiite cherche une protection dans la mémoire des disparus et l’intercession des imams. Dans la croyance chiite, les descendants des imams ou de Mahomet sont des imamzadeh ou des seyyed qui sont des signes divins et qu’il faut honorer. Tous ces personnages forment ensemble la “maison du prophète”, appelée ahl al beyt. L’ensemble de personnages regroupant le prophète Mahomet, Fatemeh, ainsi que les douze imams forme pour les chiites iraniens le groupe des “quatorze très purs” (chahardah ma’sum), qui sont révérés plus que tous les autres.

Les chiites iraniens ont une pratique qui leur est propre, la tariqa, ou dissimulation. Il est donc accepté dans leur foi de dissimuler leur véritable croyance religieuse afin de protéger leur foi. Cette pratique s’explique par l’histoire chaotique d’une communauté qui a souvent été persécutée au cours de son histoire. Autre pratique propre aux chiites iraniens, les mariage de plaisir (mot’a en arabe, siqeh en persan). Réprouvé par les sunnites, il est en usage en Iran. Ce “mariage de plaisir” est un mariage à durée temporaire, réglé par un contrat (écrit ou oral devant témoin). Pour certains analystes, ce genre de mariage est une prostitution légalisée ; pour d’autres observateurs, ce type d’union peut se comparer à du concubinage.

Au delà de l’aspect doctrinal et des pratiques religieuses du chiisme iranien, un aspect de cette religion a des influences directes et fortes sur la société : l’existence d’un clergé organisé et hiérarchisé : les mollah.

En islam, il n’y a nul besoin personnes pouvant administrer des sacrements ou diriger le culte. Il faut un guide de prière, l’imam, celui qui se placera devant les autres (imam signifie “devant”). Il n’y a aucune condition pour devenir un imam sunnite. Les imams sunnites sont parfois relativement peu instruits dans les textes sacrés. Historiquement, les religieux sunnites étaient plutôt en charge de la justice et de l’enseignement, et se retrouvaient donc sous la coupe du pouvoir politique.

Le clergé chiite en Iran n’a pas de ressemblance avec ces religieux sunnites. Le clergé chiite a pour fonction de s’occuper de la vie spirituelle du peuple, d’où l’appellation de Ruhaniyat qui les désigne. Le clergé chiite a le droit d’enseigner et d’interpréter la loi religieuse qu’à la seule condition d’avoir fait des études et d’obtenir un diplôme. Cette spécificité est liée à la place qu’occupe la rationnalité dans la philosophie des chiites iraniens. L’ijtihad désigne le raisonnement, l’interprétation des les textes religieux (les sunnites se sont interdits d’utiliser cette méthode 200 ans après les débuts de l’islam). Ceux qui sont compétents pour raisonner sur les textes religieux sont appelés des mojtahed, qui peuvent donc s’établir comme mollahs et guider la vie spirituelle des croyants. Ce clergé est hiérarchisé puisque il existe des titres qui sanctionnent une connaissance de plus en plus poussée des textes religieux et de la spiritualité chiite. En suivant l’ordre hiérarchique depuis les mollah “de base”, on trouve ainsi des Hojjat-ol-Eslam puis des Ayyatollah, qui sont des titres sanctionnant un ensemble de connaissances religieuses et philosophiques. Au sommet de cette pyramide, on trouve les Marja-e taqlid, “source d’imitation”, dont les interprétations, règlements et conseils religieux sont destinés à être suivis par les croyants qui ne sont pas spécialistes de théologie. On ne compte que XX marja dans le monde chiite : (Irak et ou encore?)

Via le système du Vaqf (biens donnés en main morte), le clergé est un des plus grands propriétaires terriens en Iran. En ajoutant son indépendance d’esprit à son indépendance financière, le clergé chiite iranien a une autonomie institutionnelle et financière par rapport à l’Etat. Cependant, l’histoire du chiisme en Iran restera liée à l’histoire de l’Etat iranien depuis que Ismail, le premier souverain de la dynastie des Safavides, a fait du chiisme la religion d’Etat de l’Iran en 1501. Le nouveau souverain, en guerre contre les ottomans, a utilisé la religion pour unifier le pays face aux ottomans, des sunnites. Le clergé a ensuite été utilisé pour orienter la population, pour faire en sorte que tout le monde soit converti. Des clercs chiites du Liban ou d’Irak avaient été invité à l’époque par le Shah d’Iran pour former les religieux iraniens. Par son indépendance par rapport à l’Etat iranien, par ses croyances religieuses, le clergé chiite a souvent été à la pointe du combat pour la justice, contre l’oppression et la colonisation. En 1890, le clergé iranien se levait contre le monopole des tabacs accordés à un étranger, action qu’ils percevaient comme une tentative de colonisation du pays. Pendant la révolution constitutionnelle iranienne, en 1905-1911, certains mollahs étaient des leaders du mouvement. L’Ayatollah Kashani était du côté de Mossadegh en 1953 quand ce courageux premier ministre a nationalisé le pétrole iranien. Enfin, c’est Khomeini qui avait pris la tête du mouvement de protestation contre les lois d’extra-territorialité des troupes américaines stationnées en Iran en 1963, marquant ainsi les débuts de sa “carrière politique”.

Pour certains, nonobstant l’aspect doctrinal du chiisme duodécimain, le chiisme aurait des relations avec l’Iran préislamique. Paul Kriwaczek dit par exemple, dans son livre In Search for Zarathoustra : “l’Islam dans le monde iranien est comparable a un tchador que l’on porterait par dessus une tenue d’apparat, une cape qui recouvrirait, déguiserait ou engloutirait l’essentiel d’une croyance iranienne traditionnelle, préislamique et zoroastrienne.” Les recherches sur ce lien entre le chiisme duodécimain et l’Iran préislamique ne sont pas encore très développées, mais certains points intéressants ont émergé après les premières explorations des chercheurs. Le contexte historique tout d’abord : les intellectuels et les hommes politiques, les lettrés des débuts de l’islam en Iran étaient devenus des musulmans convaincus. Mais ils avaient aussi un fort sentiment identitaire iranien. celui d’appartenir à une haute culture et à une antique civilisation. Il est donc fort probable que des éléments de culture iranienne ancienne aient été instillés dans la nouvelle religion. A l’inverse, il est aussi fort possible que ces lettrés aient islamisé certains des traits de la civilisation iranienne préislamique.

Le contexte “mythologique” autout des légendes chiites offre également des convergences entre l’Iran préislamique et le chiisme iranien. Shahrbanu, fille du dernier roi sassanide Yazdgard III est considérée comme étant la mère des imams, puisqu’elle aurait épousé Hussein. Grâce à cette histoire (qui n’est pas prouvée historiquement mais figure néanmoins dans plusieurs textes), la lignée des imams chiites ont une double lumière sur eux : la lumière du prophète Mahomet, dont ils sont les descendants ; et la gloire des anciens rois d’Iran, dont ils descendent aussi. Cette légende permettait ainsi de donner une double légitimité aux imams, facilitant peut-être d’autant plus l’adotption de la nouvelle religion par le peuple. Les chercheurs commencent aussi à explorer les continuités qui existent entre Shahrbanu, la mère des imams, et Anahita, une déesse de l’Iran préislamique.

Les imams ont dont une double lumiere sur eux : la lumiere du prophete et la gloire des anciens rois d’Iran. Il existerait des convergences entre l’iran preislamique et le shiisme imamite a travers la figurede shahrbanu. des legendes et des cultes montrent une continuite entre Anahita et Shahrbanu, la mere des imams. Ces territoires commencent a etre explores par les chercheurs. Après l’examen de ces convergences, on en vient à se demander si les mages zoroastriens auraient survécu dans la classe des Mollah ?

Avec cette synthèse, j’espère avoir pu éclairer les spécificités du chiisme iranien, même si l’exercice reste très superficiel au vu de la quantité de documentation que j’ai consulté à ce sujet avant de rédiger cet article. Les références devraient permettre à ceux qui leu veulent d’aller plus loin. Dans un prochain article, j’essaierais de faire le lien entre les spécificités du chiisme iranien et les implications en politique internationale.

Références :

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Soumission au concours SFR-Polka

J’ai soumis quelques unes de mes photos au concours SFR-Polka 2010 sur le thème de la vérité par l’image, dont le jury est Mr Marc Riboud. La vérité que j’ai choisi de montrer dans ce concours, c’est celle de la vie des exilés afghans en Grèce. Voici ma soumission :

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1 Photo, 1 Histoire #22 : quand le marché se termine

Contexte : à la tombée de la nuit, le marché hebdomadaire se termine dans les rues d’un quartier populaire d’Athènes.

Le dernier billet de cette série était consacré aux migrants afghans faisant leurs achats sur un marché d’un quartier populaire du centre d’Athènes. Quand le marché se termine, à la tombée de la nuit, la routine des achats prend fin et une autre se met en place : la récupération des invendus.

Les exilés afghans qui habitent à Athènes sont dans une situation économique extrêmement difficile. Certaines familles ont épuisé leurs économies en voyageant depuis l’Afghanistan jusqu’ici. Le paiement des passeurs et de la nourriture depuis leur départ ont fait fondre le pécule qu’ils avaient constitué pour venir en Europe. Même si d’autres familles gardent de l’argent de côté pour payer les prochains passages vers l’Europe du Nord, les exilés afghans sont obligés de vivre d’expédients pendant tout leur séjour à Athènes.  Les hommes trouvent parfois une journée de travail au noir dans le bâtiment ou l’agriculture en se rassemblant à un endroit où les patrons grecs viendront chercher la main d’oeuvre nécessaire. Les salaires sont très bas, les patrons pas toujours honnêtes. Les dépenses en Euros sont lourdes pour des gens qui ont épargné en Afghanis. Les institutions caritatives sont peu nombreuses en Grèce (l’église orthodoxe n’est pas vraiment reconnue pour sa pratique de la charité, d’après plusieurs grecs). De sorte que la récupération des invendus sur le marché, la récupération d’ordures pour revente d’objets d’occasion sont devenus une source de nourriture et de revenus pour de nombreuses familles afghanes exilées à Athènes.

Un samedi de décembre, je venais voir ce marché après les injonctions de plusieurs afghans avec qui j’avais discuté. Ils avaient vu ce phénomène à la fin du marché. Ils ne comprenaient pas pourquoi les gens devenaient obligés de récupérer des fruits et légumes invendables pour manger. D’après ce que j’ai pu comprendre par mes échanges avec eux, les afghans semblent partager une culture où il faut récolter les fruits de son travail et ne pas rester inactif. Parce que la Grèce n’offre aucune solution à ces exilés, ils survivent dans la débrouille, en attendant les papiers ou le départ vers un autre pays d’accueil. Pendant la journée, des afghans faisaient des achats. Quand le marché se termine, ce sont les familles sans le sou qui investissent la rue, discrètement, pour trier les invendus qui pourraient encore être consommables. Je revenais sur mes pas après avoir remonté toute la rue dans laquelle s’était tenu le marché. Pendant la demi-heure de marche que j’avais à faire avant de revenir sur mes pas, le soleil se coucha. Alors que la nuit s’installait et que les employés municipaux s’employaient à effacer les traces de ce marché, j’aperçus une mère et sa fille de sept ou huit ans marcher devant moi. Je restais derrière elles pour observer leur façon d’opérer. C’est tout à fait semblable aux scènes que l’on peut voir après le marché sous les voies du métro du côté de la station Barbès. Sauf que cette fois-ci, une enfant était en train de ramasser quelques tomates ou quelques oranges pour les mettre dans un sac en plastique. Je pris quelques photos de cette petite fille et sa mère pendant quelques minutes, alors que les machines municipales de nettoyage éclairaient la chaussée devant elles.

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